WORLD NEWS
François Piron

Devant un planisphère peint, digne du décor minimal d'un plateau de journal télévisé, un prompteur laisse défiler à un rythme immuable sur son écran des informations dont le laconisme factuel épouse la forme des dépêches d'agences de presse internationales. Des informations qui, si le spectateur parvient à s'extraire de la torpeur due à la litanie des énoncés, peuvent provoquer l'étonnement : transmises en temps réel, elles semblent être émises d'un monde dont les données territoriales, climatiques, sociales, économiques ou géopolitiques, sont bouleversées ou affectées d'aberrations : un monde où l'Irak accorde des crédits aux Etats-Unis pour leurs recherches nucléaires, où des émeutes dégénèrent au Luxembourg, où les frontières de la Suisse deviennent dangereuses... Claude Closky se livre à un exercice d'uchronie, livrant par centaines ces messages comme autant d'amorces de fictions, autant de synopsis possibles pour des ouvrages de science-fiction. Comme, par ailleurs, avec le vocabulaire publicitaire dans des vidéos telles que Envie (1999), Nouveau (1997) ou Vive le sport (1998), Closky calibre le rythme d'apparition des énoncés en fonction des capacités de mémorisation du spectateur, une phrase chassant l'autre, tout en donnant la sensation d'un défilement perpétuel. Ce faisant, il crée une sorte de vortex d'informations qui provoque la disparition totale de la téléologie des messages au profit de leur seule énonciation divertissante. World News (2002) n'est pas critique à l'encontre du monde comme il va ; il s'agit davantage pour Closky de s'attacher à un corpus sémantique, et d'en analyser les modes de représentation en les détournant avec humour. L'oeuvre de Closky s'intéresse à la fonction dévorante des signifiants sur la réalité, considérant l'art comme un questionnement des représentations avant d'être un rapport au réel et à la vérité. Par conséquent, après s'être penché sur les systèmes de signes émanant des mass-médias, les structures et les vocabulaires publicitaires et commerciaux, s'il s'attache au système d'information médiatique, c'est davantage pour en extraire un cadre fixe, un ensemble de dénominateurs communs que pour en juger de la validité en termes éthiques, c'est-à-dire pour considérer ce système comme un ensemble d'énoncés, et non de messages. Le regard critique de Closky s'exerce à cet endroit : un ensemble d'énoncés, au sein d'un cadre immuable et prédéfini (la dépêche AFP, les trente minutes du journal de 20 heures, le ton de voix du speaker, etc.), devient fatalement un motif décoratif, une tapisserie d'informations d'où le sens est banni. En altérer le contenu revient à effectuer un travail de dessillement. En vis-à-vis de World News, la vidéo Trou noir (2002) pourrait donner un tour grinçant à l'exposition. Générique tonitruant et abrutissant, le trou noir ne cesse d'avaler un parterre d'étoiles dans un éblouissement au clinquant de pacotille, assumant ce rôle de tapisserie vertigineuse, rythmée par une mélodie ronflante et carillonnante de jeu vidéo. Si l'on considère que le trou noir est la compression du noyau d'une étoile jusqu'à atteindre un volume nul et une densité infinie, le Trou noir de Closky atteint quant à lui une signification nulle mais une résonance infinie.